Impressions

Impressions

« Trois jours passés à raser les franges du Finistère, à Plougras, Huelgoat ou encore Calanhel.

Trois jours passés en roulotte avec Chloé, Fred et Sacha dans l’Argoat, ça marque et ça donne envie d’en dire quelques mots.

Ce qui marque en premier lieu, c’est la bienveillance des gens croisés à bord de notre 4×4 (comprendre 4 roues x 4 paires de sabots). Ce projet attire la sympathie. Qui n’en a jamais rêvé ? Tout quitter sans rien regretter (tube oublié de Joe Dassin). Les relations semblent plus simples que dans la vie sédentaire en même temps que les tâches quotidiennes sont un brin plus compliquées : économiser l’eau des jerricanes et l’électricité fournie par le panneau solaire en sont un exemple. Dit autrement, là où on gagne en confort matériel dans nos vies sédentaires, on perd certainement en qualité de vie et d’échanges. Ce confort a un coût ; il faut travailler dur pour l’obtenir, temps et énergie y passent au détriment des rêveries quotidiennes et des rencontres inattendues. Cette escalade du toujours plus confort pousse à ac(con)quérir les derniers trucs à la mode qui deviennent alors indispensables ; c’est du moins ce que l’on nous fait croire. Leur privation serait une régression matérielle et un déclassement de la « classe consumériste ».

Alors pourquoi une telle entraide envers nos roulottiers? Une admiration pour ce « déclassement » volontaire ? Une envie inavouée d’oser faire la même chose ? Peut-être un peu des deux parce que dans le fond, on le sent bien, notre société marche sur la tête et la vie en roulotte est une initiative parmi d’autres pour la remettre sur pied. On ne fréquente les gros hangars en tôle posés sur nappe asphaltée que pour les choses difficiles à acheter sur la route : des bières et des couches, de quoi s’emplir pour les parents et se désemplir pour Sacha. On se fait inviter par le maire pour un petit kir et pour chopper quelques bonnes adresses dans les villages suivants. Il y a presque possibilité de tracer sa route avec les adresses récoltées. Au détour de cacahouètes écrasées et d’un bœuf improvisé, on se fait des copains dans un bar ch’ti à Bulat Pestivien. A notre retour de « la ville », un gâteau au yaourt – un « gros palet breton» comme dit Fred – nous attend sur la roulotte. Tel un don du ciel posé lorsque la nuit tombée. Anonyme. C’est le deuxième don de la journée ; le midi même une femme nous offrait sa tarte au citron faite maison. Quand Chloé et Fred vous disent que l’accueil est incroyable (au sens difficile à croire), il faut définitivement l’admettre.

Une fois que la roulotte roule, ce qui est sa fonction première, c’est sur la « terrasse » au côté du conducteur qu’il fait bon se délecter. On laisse nos pensées errer en voyant le paysage défiler. Et l’expression « battre la campagne » prend alors tout son sens, bercé par le chaloupé des derrières proéminents des deux juments et par le bruit de leurs pets réguliers mais inodores. Elles transportent ce que Chloé et Fred ont de plus précieux : Sacha, leur toit, leurs instruments de musique source de revenu lors des quelques animations sur les marchés des villages traversés… Ça force à en prendre soin. On se réjouit de voir Alzane et Roxy (à ne pas confondre avec un duo enthousiasmant de profs d’aérobic) répondre au « au pas » dit posément mais fermement par Chloé. L’énergie animale peut néanmoins être capricieuse dans les dénivelés. Les côtes ont la cote dans les Côtes d’Armor (oui oui j’ai bossé) ce qui déplait plutôt aux roulottiers, comme cette fois où nous avons été contraints de faire demi-tour sur place pour reprendre de l’élan. L’obéissance est une source de satisfaction. Bond dans l’assistance.

Une fois le point d’arrivée identifié en fin de journée, il nous faut dételer, déharnacher et ce quelque soit le temps. Les chevaux n’attendent pas. C’est ainsi que sous une pluie battante, Chloé et Fred s’activent : retirer le harnais d’attelage, installer la clôture pour les bêtes et la bâche protectrice pour les hommes, mettre les calles pour stabiliser la roulotte. Pour les nuits fraîches, on improvise un feu de camp, plutôt vaillant, et en cas de grand froid, le poêle s’active et vous conduit en 2/3 minutes dans un sauna scandinave. Le moment opportun du déclenchement du poêle est objet de désaccord entre Chloé et Fred. Chacun semble avoir un seuil de tolérance au froid qui lui est propre. Sacha ne s’est pas exprimé sur le sujet.

L’atout charme de l’aventure – suivi de près par les chevaux – c’est définitivement Sacha. Son franc sourire arboré laissant apparaitre ses désormais 7 dents est l’illustration que ce mode de vie réussit à la petite famille. Cette nouvelle vie – dans sa jeune vie – lui offre un parc de jeux grandeur nature, renouvelé qui plus est quotidiennement. Pas de jeux de petits chevaux mais deux juments taille XXL. Pas de toboggan mais la tente de tata Gnégnesse plantée provisoirement sur laquelle il fait bon se livrer à des glissades. Pas de jeux de petites voitures mais l’auto des amis de passage dans laquelle il est bien chouette de se prendre pour un pilote. Vivre en roulotte, c’est avant tout vivre hors de la roulotte. Non seulement parce que la roulotte – bien que cosy – est assez exiguë mais aussi parce que le quotidien l’exige : chercher de l’eau, s’occuper des chevaux, surveiller Sachou, réparer une casserole avec l’aide du châssis…

Lorsque s’achève mon séjour, c’est le sentiment d’avoir passé quelques jours hors du temps qui m’habite. Preuve en est, Fred s’étonne que je possède une montre et Chloé et moi nous faisons surprendre par le temps entrainant mon départ précipité.

Je quitte la roulotte, émue de voir mes amis épanouis et avec la ferme intention de cesser les surimis à Franprix et de parler davantage avec ma voisine de palier.

Agnès

Le 23.09.15

3 Avis

  1. Yannick 2 années ll y a

    Salut les amis roulottiers…
    Merci Agnes pour ce récit, qui me replonge quelque temps en arrière… Ce que vous vivez est bien indescriptible, ces gâteaux tombé du ciel, ces rencontres impromptues… cette vie hors du temps… Je suis profondément heureux que vous puissiez gouter à tout ces plaisir simple et bien plus encore… Le voyage en roulotte, bien loin des distances parcouru se vie ici et maintenant… dans cet espace hors du temps… hors des société… connecté, mais à quelque chose de plus imperceptible…

    Prenez soins de vous et de votre petit… de vos chevaux… La saison devient moins confortable, mais elle a aussi son charme, car comme la nature, petit à petit nous hivernons, et ralentissons encore…

    Belle vie à vous,
    j’aime à penser que nous nous croiserons, lorsque nous remonterons vers le nord!

    Yannick de la roulotte qui gigote (plus!)

  2. Laura 2 années ll y a

    Bonjour,
    Je viens de découvrir votre site et ma zette, il est super chouette!
    Nous allons aussi partir en mars prochain avec une petite roulotte et notre jument comtoise pour sillonner les routes de France pendant quelques mois! Donc tout ce que vous écrivez nous parle et on a hâte.
    Nous habitons dans la Drôme et nous partirons de là-bas. Je ne sais pas combien de temps vous partez et vers où vous allez mais si d’ici mars, vous passez en Drôme, contacter nous.
    Ou encore mieux, on pourrait se rencontrer sur les routes lorsque l’on sera partis!
    Dans tous les cas, tous vos messages nous touche beaucoup et j’espère que l’on arrivera à se croiser!
    Bonne route à vous d’ici là et continuez!
    Laura et Samuel.

    • Auteur
      atelierroulotte 2 années ll y a

      Bonjour,
      Merci pour ce message !
      Nous passerons bien dans la Drôme mais pas d'ici mars, c'est encore bien loin et l'hiver approche donc nous ralentissons le rythme ...
      N'hésitez pas à nous envoyer votre site si il y en a un afin que nous puissions nous aussi suivre vos aventures!
      Au plaisir de vous croiser au détour d'un chemin...

Laisser une réponse

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

*