D’une rive à l’autre

D’une rive à l’autre

Après avoir parcouru la rive escarpée des Côtes d’Armor, ravis du pays et de ses gens, nous plongeons dans les terres. De Plestin-les-Grèves nous prenons la route comme on prend la mer, pour rejoindre la côte sud bretonne.

En effet le centre Bretagne, le Kreiz Breizh, s’apparente à une mer. Une mer avec des creux où la roulotte s’abîme et se redresse, hébétée par la houle qui la fait progresser en yoyo sur ses vallées verdoyantes de landes sauvages et de belles forêts. Ce n’est pas pour autant la traversée du désert mais plutôt celle d’un archipel. La roulotte progresse d’îles en îles, autant de petits villages vivants, animés malgré leur petitesse par les initiatives, les associations, la paysannerie et une jeunesse dynamique.

Le maréchal ferrant-maire de Plougras a déployé son carnet d’adresse sur la table, nous irons un certain temps au fil de ses contacts, tous gens de chevaux, et de chevaux de trait BRETONS s’il vous plaît. L’adjectif « breton » prend ici tout son sens ; « breton » à travers les pierres des maisons que l’humidité de la lande semble conserver pour toujours, « breton » à travers le nom des hameaux, à travers la magie des lieux, des immenses rochers coulant comme des rivières au creux des gorges, des légendes druidiques et surnaturelles qui semblent se lire sur chaque sentier, à travers la langue bretonne que l’on pratique, et qui se diffuse sur Radio Kreiz Breizh, fréquence émise du minuscule village de Saint Nicodème et massivement écoutée dans tout l’archipel.

Et dans chaque île, une lumière. Un bistrot comme partout, mais animé d’une faune plus jeune qu’ailleurs, ou bien est-ce leur ambiance qui les fait ressembler à des phares dans les bourgs endormis ?

Car ces villages que l’on croirait agonisants, abandonnés à des anglais discrets et à une population vieillissante, vibrent de toute part. Des jeunes gens y ont trouvé refuge pour leurs débrouilles, des paysans y travaillent la terre en bio surtout, mais c’est pour eux une évidence et non un défi, de vieux pirates s’y cachent, comme tout ces anciens roulottiers que nous y avons croisés à Trémargat, à Rostrenen, à Bon Repos ou encore à Quistinic. Cette faune sous-marine est tissée d’un réseau épatant de relais, d’entraide ou de soutien, qui nous a permis une traversée facilitée de rencontres sans pareilles.

Au centre de cet océan de verdure, comme un trou noir, « l’anti » lac de Guérledan, vidé de ses eaux pour l’entretien du barrage. Cette fosse lunaire accueille les visiteurs dans ses bas-fonds où l’on s’y promène tranquillement, visitant les vestiges des maisons éclusières et des arbres pétrifiés par l’inondation définitive de la zone 80 ans plus tôt à la construction du barrage. On y pratique en quelque sorte la plongée à ciel ouvert !

Puis nous voguons le long des rives du Blavet où nos chevaux, comme deux bons vents favorables, nous amènent de rencontres en rencontres. Nous débarquons entre autre au « Café des Anges » à Quelven, abrité par son invraisemblable chapelle, avec sa cuisine de cordon bleu, ses concerts, cette franche camaraderie, un peu plus et on s’y envasait ! Nous traversons Saint-Rivalain où quand il faisait froid et faim nous avons trouvé du feu et du pain ! A Quistinic, nous rencontrons les Sire, roulottiers échoués dans la magnifique vallée de Kermelin. Eleveurs, boulangers, une famille sédentarisée après 12 ans de roulotte. On y a aimé l’accueil simple et les conseils d’affranchis !

Verte et grasse était l’herbe dans le Kreiz Breizh, les chevaux n’oublierons qu’il en reste un peu partout dans les lieux qu’ils n’ont pas arpentés. Et nous qui y avons semé une partie de nous même, nous devrons y retourner pour la faire mûrir !

 

4 Avis

  1. KLEIN Herbert Serge 2 années ll y a

    Bonsoir, ou bonjour, vu l’heure tardive
    Je viens seulement de découvrir l’un de vos textes, je suis en admiration totale par rapport à votre démarche d’abord, par rapport à ces expériences partagées ensuite.
    Je serai l’un de vos lecteurs réguliers, à bientôt

  2. HINFRAY 2 années ll y a

    Je vous suis assidûment depuis notre rencontre à l’entrée du Camping de Pont-de-l’Arche, et je reste toujours aussi admiratif ! Je connais bien les régions que vous arpentez et décrivez avec tant de verve et je m’y retrouve pleinement.
    Que la météo vous soit clémente en cette période automnale, bon courage, ainsi qu’à vos belles juments et profitez bien de votre voyage.
    Gglaroute

  3. Carapatons 2 années ll y a

    Bonjour à vous,
    Quelle joie de parcourir votre blog. Nous sommes sur les routes, nous aussi, depuis 5 mois, mais en camping-car, à la découverte du monde, des gens et en particulier de la petite enfance à travers l’Europe. Et puis, on pense déjà à notre prochain projet que l’on souhaiterait à vitesse ralentie alors … la roulotte, peut-être une bonne idée 😉 En attendant, merci de nous faire vivre votre magnifique projet. Bon vent à vous ! La famille carapatons.

  4. Thebaud 2 années ll y a

    Je viens de lire un article sur le journal du dimanche ouest france . Et coincidence vous etiez cette semaine a cote de cher moi a st nazaire ou votre roulotte etais stationne l apres midi. Dommage j aurais pus vous offrir un bon repas

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